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Kontakte mit Karlheinz
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| Plus oultre avec Stockhausen
Le compositeur suit-il son chemin sans se préoccuper de plaire ? Peut-il écrire pour tous et pour personne, comme l’indique le sous-titre de Also Spracht Zarathoustra de Nietzsche ? Dans une fameuse conversation avec Adorno*, Stockhausen introduit la notion de « compréhension ». C’est l’incompréhension qui induit chez l'auditeur le jugement de valeur sous forme de cette interpellation directe du compositeur : « Si je ne comprends pas, ça ne vaut rien ». Lorsque le compositeur écrit de la musique, « [c’]est pour tous ceux qui savent en faire quelque chose ». Ceux qui ne la comprennent pas ne doivent certes pas en tirer de jugement de valeur mais si, de plus, ils attendent des explications de la part du compositeur, ils s’entendront probablement répondre : « je ne peux pas essayer d’expliquer avec des mots quelque chose qui est écrit avec des sons, sinon je l’aurais formulé par écrit ». La compréhension dont parle Stockhausen est celle que l’on acquiert à force d’écouter une pièce. C’est en se familiarisant progressivement avec la musique que l’on parvient à un stade qui reste inaccessible après une seule audition. Il ne s’agit pas de fonder la compréhension sur l’analyse ou les explications techniques préalables qui donneraient un accès privilégié à l’œuvre sous le rapport savant. Il faut suivre le chemin d'une patiente formation par l’écoute. La qualité de la compréhension sera fonction de la qualité de l'écoute et de la capacité de l'auditeur de se laisser affecter par la musique. Il est tout de même paradoxal qu’un compositeur à qui l’on a reproché son intellectualisme et son hermétisme, estime que c’est l’imprégnation par écoutes successives qui permet d’atteindre à une meilleure compréhension. Stockhausen imagine alors un nouveau type d’auditeur qui, au lieu d’être « entraîné ailleurs » ou encore distrait, serait au contraire « toujours là, présent à la musique ». En d’autres termes il serait tout entier dans l’écoute, et cela dès la première. Stockhausen ne demande sûrement pas à l’auditeur de s’adapter à tout prix, mais pas plus qu’il ne tient à s’adapter lui-même. Faire de la musique n’est pas s’orienter selon un preneur, même si l’« on est livré à ceux qui détiennent la responsabilité de décider si une musique est rendue accessible à des audiences ou pas ». C'est ainsi que le compositeur allemand a pris non pas le chemin de l'outrance provocatrice, mais celui de la recherche permanente d'un art qui bouleverserait l'auditeur dans ses codes d'écoute habituels, et ouvrirait ses oreilles à un espace sonore inouï. Dans Kontakte, il développe la notion essentielle de Moment Form dans laquelle selon ses mots « chaque moment est une chose personnelle et centrale, une chose qui existe par elle-même, qui est individuelle et pour laquelle on peut toujours établir un lien avec ce qui l’entoure et avec l’œuvre entière ; …où un moment n’est pas seulement la conséquence de ce qui précède et la cause de ce qui suit. » C'est en quelque sorte la musique comme vision du monde. Une vision du monde littéralement révolutionnaire puisqu'elle n'est pas le produit d'un désir d'adoucir les mœurs, mais celui d'atteindre ici et maintenant un nouveau genre de conscience. Stephane Ginsburgh * Theodor W. Adorno et Karlheinz Stockhausen (discussion), La résistance à l’encontre de la nouvelle musique, Contrechamps n°9, L’Âge d’Homme, 1988. Note de présentation pour le 16/03/2009 au Festival Ars Musica Vibra Elufa, Klavierstücke & Kontakte Stephane Ginsburgh, piano |
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Stephane Ginsburgh & Miquel Bernat
Ars Musica Festival - 16/03/2009 - Flagey Studio 4 photo Céline Lory |
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