|
Spectacle crée dans la Cour de la Maison de la Bellone à Bruxelles
Dans le cadre du Festival Ars Musica et de la 4ème Biennale Charleroi/danses
mars 1999
Imaginé autour de courts-métrages réalisés au début du siècle par le neurologue belge Arthur Van Gehuchten, le spectacle que nous intitulons CHORÉE se propose, à travers quatre uvres de musique moderne, dont deux sont chorégraphiées, d'introduire le spectateur dans les soubresauts d'une beauté qui, selon le souhait d'André Breton, serait convulsive.
Au point de départ : une différence de potentiel. Comme des éclairs, les secousses d'énergie qu'elle provoque tissent des liens mouvants et instables entre couples d'opposés : fascination / répulsion (Salto), périodicité / apériodicité (Klavierstück IX), rêve / réalité (Siorram), normalité / anormalité (Chorée).
L'uvre naît de la tentative impossible et sans cesse renouvelée de rétablir l'équilibre.
|
|
|
|
Musiques de Renaud De Putter, Karlheinz Stockhausen et James Dillon
Création coproduite par Bellone Brigittines; en collaboration avec Ars Musica;
coprésentée par Charleroi/danses, Centre chorégraphique de la Communauté française de Belgique.
Avec l'aide de la Communauté française-Services danse et musique.
|
|
|
| 1
1
1
Critique dans Le Soir - Samedi 3 avril 1999
"Chorée" danse au coeur de la musique
On jouait des coudes, la semaine passée, pour assister à la création de "Chorée", spectacle du Bureau des arts, dans la cour de la Bellone. C'est que la soirée était présentée dans le cadre de deux événements parallèles et complémentaires: Ars Musica et la biennale Charleroi/Danses.
C'est de cette complémentarité que jouent Johanne Saunier et Garth Knox dans "Salto". Cette pièce en cinq mouvements de Renaud De Putter permet à la danseuse et à l'altiste d'élaborer un jeu complexe d'approche, de regards furtifs, de signes d'attraction et de rejet, puis d'interaction de plus en plus évidente et risquée. Un geste de la danseuse s'interrompt à quelques millimètres de l'archet en mouvement, son visage se glisse entre le bras du musicien et son instrument... La danse semble vouloir imposer ses ordres à la musique mais cette dernière se défend bec et ongles jusqu'à la séparation finale.
Après ce début enthousiasmant, l'ambiance retombe avec "Présence" composé par Bernd Alois Zimmerman. Igor Semenoff (violon), Geert De Bièvre (violoncelle) et Stephane Ginsburgh (piano) interprètent cette partition difficile d'accès mais très spectaculaire dans le jeu des musiciens, face à trois jeunes danseurs à la présence infime, presque invisible, totalement écrasée par la musique. Pour peu que l'on reste hermétique à celle-ci, la demi-heure semble plutôt longue.
Dans la troisième partie, on retrouve Garth Knox, seul, pour une interprétation enlevée du "Siorram" de James Dillon. Dix minutes de pureté où le violoniste se déplace de lutrin en lutrin pour suivre sa partition par le geste autant que par le regard.
Le programme se clôture avec "Chorée", très bel ensemble d'études de mouvements composé par Renaud de Putter et interprété au piano par Stephane Ginsburgh. Ici à nouveau, la danse solo de Johanne Saunier se marie à la musique, le tout inspiré par les mouvements décalés de malades filmés au début du siècle. Ceux-ci trouvent un écho dans la danse mais aussi dans la voix de la jeune femme, interprétant des bribes de textes de Michaux et Michel Fenneteaux, entre chant et équilibrisme vocal. Un ensemble d'éléments explorant les mystères de la personnalité, de l'adéquation entre les agissements de notre corps et nos pensées. Une finale forte pour une soirée en équilibre ins- table.
J.-M. W.
© ROSSEL ET CIE sa, LE SOIR EN LIGNE, BRUXELLES, 2003
|
|