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Sonates n° 3 op. 28 et n° 8 op. 84
14 juillet : Festival Midis-Minimes au Conservatoire de Bruxelles
15 juillet : Festival Zomer van Sint-Pieter à Leuven
Sonate de guerre, que me veux-tu ?
Stephane Ginsburgh
Sergueï Prokofiev conçut initialement les trois sonates dites « de guerre » comme une immense forme en onze mouvements avant de revenir à une division plus classique. Le gigantisme sonore qui les caractérise se double d’un retour au style acerbe et orageux, voire brutal qui caractérisait ses jeunes années. Le compositeur laisse cependant percer des éclaircies lyriques tout en évitant le sentimentalisme rachmaninovien qu’il rejetait avec véhémence. Prokofiev ne put cacher sa satisfaction devant ce qu’il ressentit clairement comme une révolution pianistique et plus largement esthétique, lui qui, depuis son retour en U.R.S.S., louvoyait entre son élan créatif et les absurdes directives sur le formalisme musical émises par le Ministère de la Culture. Ce furent bien sûr Richter (6ième et 7ième sonates) et Gilels (8ième sonate) qui se chargèrent de les créer, apportant au génie russe ce dont il avait ultimement besoin pour exploser.
Quel peut bien être le rapport de ces sonates avec la Deuxième guerre mondiale ? Nous pouvons toujours nous interroger sur le contenu prémonitoire d’une œuvre musicale. La question se pose de la même manière pour sa valeur illustrative, au risque de l’assimiler à un simple commentaire d’événements historiques. Une piste plus fondamentale peut être poursuivie et s’avérer plus fructueuse pour l’interprète. Elle consiste non pas à spéculer sur l’éventuelle influence de faits extérieurs mais à penser l’œuvre comme le résultat de la combinaison d’un corps et d’un intrument. Nul autre plus que Prokofiev, pianiste et compositeur, ne peut illustrer ce à quoi cet accouplement donne naissance : un potentiel sonore dont la nature est essentiellement conflictuelle.
Ce qu’en écrit François Nicolas peut nous éclairer de manière plus générale sur ce qu’il recherche lorsqu’il compose : « L’enjeu du travail d’un compositeur doit alors se mesurer à cette aune : produire des œuvres qui soient en puissance de cette liberté, qui agissent musicalement en prenant appui sur une idée singulière de ce corps que j’ai nommé interprète-instrument. C’est pour moi à cette condition que la catégorie d’affect pourra continuer de servir la création musicale »[1].
Prokofiev entamait souvent ses concerts par la 3ème sonate, une œuvre compacte et énergique, probablement mû par le désir de saisir immédiatement l’attention de son auditoire. Sous-titrée « d’après de vieux cahiers », tantôt motorique tantôt féérique, elle réunit efficacement des fragments aux atmosphères tranchées et typiquement russes.
Stephane Ginsburgh prépare l’enregistrement des neuf sonates de Sergueï Prokofiev pour le label Fuga Libera.
[1] F. Nicolas, Affect musical et singularité instrumentale : À l’écoute de Spinoza
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