|
Agenda
| Concerts 2006-2007 | Concerts 1999-2005 | le Bureau des Arts | Casa del Popolo | |
|||
|
Les derniers jours de l’humanité Une perspective musicale sur la chute de l’Empire austro-hongrois En 1919, un an après la chute de l’Empire austro-hongrois, l’écrivain autrichien Karl Kraus (1874-1936) écrit « Les derniers jours de l’humanité », une gigantesque fresque théâtrale qui reste aujourd’hui encore méconnue. Kraus y poursuit l’infatigable lutte entamée dans la revue « Die Fackel » (dont il fut le propriétaire et l’unique rédacteur pendant de nombreuses années) contre la corruption de la langue et la lente mais certaine déchéance de son époque sourde et aveugle. Cette pièce, dont « le contenu est arraché à ces années irréelles, impensables, inimaginables pour un esprit éveillé, inaccessibles au souvenir et conservées seulement dans un rêve sanglant, années durant lesquelles des personnages d’opérette ont joué la tragédie de l’humanité » n’utilise que des propos, des citations, des conversations provenant de personnages réels, aussi invraisemblables qu’ils puissent nous paraître. Les années qui suivirent furent pour le monde parmi les plus riches sur les plans artistique, littéraire, philosophique et scientifique. Vienne, Prague et Budapest, anciennes métropoles de l’Empire, abritèrent des hommes et des femmes dont la pensée et les créations brillent toujours d’un éclat inégalé. Mais ce furent ces mêmes années qui conduisirent l’Europe dans le gouffre, obligeant certains à fuir pour ne pas tomber aux mains des bourreaux mais n’épargnant pas ceux qui restèrent, de gré ou par nécessité. Dans ce programme nous proposons d’entendre des œuvres importantes qui ont émaillé la première moitié du XXe siècle et furent écrites par des compositeurs nés dans l’Empire austro-hongrois, donc autour de Vienne, Budapest et Prague. Témoins du destin de cette partie de l’Europe, des luttes qui la caractérisèrent et morts en exil ou ailleurs, ils furent les acteurs de la révolution formelle qui affecta la musique moderne. Le concert est précédé d’une introduction. Programme Leos Janácek (1854-1928) Sonate « Le 1.X.1905 » (1905, 12 minutes) Arnold Schönberg (1874-1951) Drei Stücke op. 11 (1909, 15 minutes) Bélà Bartók (1881-1945) Trois Etudes op. 18 (1918, 8 minutes) Bélà Bartók (1881-1945) Improvisations op. 20 (1920, 11 minutes) Arnold Schönberg Suite op. 25 (1921-1923, 15 minutes) Viktor Ullmann (1898-1944) Sonate n° 6 op. 49 (1943, 13 minutes) Comme alternative aux Improvisations op. 20, la Sonate sz. 80 (1926) ou En plein Air sz. 81 (1926) conviennent également. Ce projet est réalisé dans le cadre de l'enregistrement de l'intégrale des œuvres pour piano d'Arnold Schönberg sur un Bösendorfer de concert (2m75) de 1884 pour le label Sub Rosa. Leos Janácek, acteur des luttes contre la domination culturelle germanique dans son pays, fut inspiré pour sa Sonate « Le 1.X.1905 » par la mort d’un ouvrier tué lors d’une manifestation en faveur de la création d’une l’université en langue tchèque à Brno. Bélà Bartók pris également part à lutte pour le maintien de la culture nationale de son pays, sans pour autant être imperméable à l’influence de la musique savante occidentale à laquelle il intégrera de manière exemplaire le folklore hongrois. Dans les Trois Etudes op. 18 qui reflètent le sombre état d’esprit de son pays dans les années d’après-guerre, Bartók s’avance aux limites du chromatisme. Il résoudra ce glissement vers l’atonalité à sa manière, entre autres dans les magnifiques Improvisations op. 20 basées sur des chants populaires hongrois qu’il utilise magistralement. Au même moment, à Vienne, Arnold Schönberg travaille à l’élaboration de son système, sensé révolutionner la musique pour cent ans. Les Drei Stücke op. 11, tout en manifestant une exploration claire de l’atonalité et un langage typique à leur auteur, restent encore très marquées par l’influence du dernier style de Brahms. C’est dans les Stücke op. 23 et la Suite op. 25 que nous entrons de plain-pied dans la l’ère dodécaphonique du compositeur. La seconde de ces pièces, entièrement écrite en suivant la technique des douze sons, est dans le contexte de cette nouveauté d’une importance historique majeure tout en utilisant le schéma de la suite baroque. Viktor Ullmann, le moins connu des personnalités de ce programme, étudia la composition à Vienne au début des années 20 avec Arnold Schönberg. Il retourna ensuite à Prague pour occuper plusieurs postes musicaux importants et vécut dans cette ville jusqu’à sa déportation à Theresienstadt (Terezin) en 1942 avant d’être assassiné à Auschwitz en octobre 1944. Ullmann est l’auteur de nombreuses œuvres parmi lesquelles sept sonates pour piano écrites de 1936 à 1944 et dont les trois dernières le furent à Theresienstadt. La Sonate n° 6 op. 49, aux accents fermes et souvent joyeux, est la seule des trois à avoir été créée à Theresienstadt, par la pianiste Edith Kraus. Ces compositeurs furent à la fois confrontés au désastre de leur époque et à une quête pour le renouvellement de la forme musicale, à ce sujet laissons Viktor Ullmann s'exprimer pour terminer : « Theresienstadt fut et reste pour moi une école de la forme. Auparavant, alors que l’on ne percevait pas tout ce que la vie a de pesant et de pénible, parce que le confort, ce miracle de la civilisation, s’imposait, il était facile de créer une forme belle. Ici, où la vie quotidienne nous contraint à vaincre la matière par la forme, où tout ce que peuvent nous inspirer les muses est en complète contradiction avec ce qui nous entoure : ici est la véritable maîtrise, lorsque l’on se penche avec Schiller sur le mystère de l’œuvre d’art : vaincre la matière par la forme ce qui pourrait bien être d’ailleurs la mission de l’homme, pas seulement de l’artiste, mais de tout homme possédant un sens moral. » Bibliographie et discographie Karl Kraus, Les Derniers Jours de l’humanité (version intégrale), Agone, Marseille, 2005 Leos Janácek, Intégrale de la musique pour piano, Haakon Austbö, Brillant |
|||
|
Agenda
| Concerts 2006-2007 | Concerts 1999-2005 | le Bureau des Arts | Casa del Popolo | |
|||