Courrier adressé à M. Paul Magnette le 7 mai 2009

A M. Paul Magnette, Ministre du Climat et de l'Energie

Monsieur le Ministre,

Il y a quelques semaines, je vous écrivais au sujet du vote au Parlement européen sur la culture de maïs OGM Monsanto en Autriche et en Hongrie, exigée en vertu des principes du libre-échange en Europe.
Je mentionnais également dans mon courrier, l'affaire des peupliers OGM dont vous aviez autorisé la plantation en plein air en Flandre.
Cette autorisation faisait suite à une décision du Conseil d'Etat contrant l'interdiction pour cause de motivation insuffisante, et à des promesses de prudence de la part du laboratoire (l'Institut flamand des Biotechnologies).
Je n'ai jamais reçu de réponse de votre part (ni de Mme Onkelinx) à ce courrier qui était pourtant signé par près de trente personnes.
Le courrier complet avec ses signataires est encore lisible à cette adresse: http://www.ginsburgh.net/OGM/OGM_1.html

Au lendemain du lancement de la plantation de ces fameux peupliers, je vous écris à nouveau pour manifester l'inquiétude grandissante de nombreux citoyens face à une situation dont nous risquons tôt ou tard de perdre totalement le contrôle. Manifestement, les nombreuses mises en garde et appels à la plus grande précaution vis-à-vis des plantations OGM, émanant aussi bien d'associations et d'individus, n'ont pas un effet optimal sur les décisions prises sur le terrain. L'impression claire est que la pression de certains intérêts économiques, usant de faux arguments écologiques (comme l'absolue nécessité de produire du bio-éthanol), prime sur le bien-être des gens et le futur de leur environnement.

Greenpeace, par exemple, expose dans un article daté d'hier des arguments crédibles contre ces plantations.
Lire: http://www.greenpeace.org/belgium/fr/news/gmo-poplar-field#

C'est également en tant que militant socialiste que je vous écris. Je constate chaque jour que nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser des questions par rapport aux orientations politiques du PS en matière environnementale, mais pas seulement. Si le PS promeut avant tout l'égalité, principe que nous défendons de toutes nos forces, celui-ci l'est souvent en dépit d'une situation environnementale catastrophique. Cette égalité concerne la plupart du temps la possibilité pour tous de consommer, quelle que soit la manière de le faire, en ne sortant pas des logiques mortifères traditionnelles: produire pour consommer, travailler pour consommer, polluer en consommant.

C'est aussi en ne critiquant pas ouvertement, voire en cautionnant, un système libéral et capitaliste qui ne rêve que de relance et de croissance, que l'étendue des dégâts déjà causés à la planète s'accentuera de plus belle (en ceci compris pour ses hôtes humains). Et dans un monde détruit, où les ressources sont rares ou épuisées, où la nature disparaît à un rythme inquiétant, il ne sera plus question d'égalité, sauf pour les plus riches. La question sociale ne peut donc pas être dissociée de la question écologique et ne peut surtout jamais primer sur elle. Toutes les réflexions pertinentes (celles d'André Gorz ou d'Edgar Morin, pour ne citer qu'eux) montrent que négliger l'une revient à faire de même avec l'autre.

Malgré la présence de quelques thèmes écologiques, motivés peut-être par l'approche des élections, le PS ne s'est pas montré jusqu'ici déterminé à faire face aux questions cruciales: l'énergie, les transports, la pollution (chimique et bio-technologique), la disparition d'espèces animales (abeilles) et le réchauffement climatique, etc. Je ne détaille pas ces points. Nous continuons à avoir comme horizon un monde mis en coupe et dominé par des multinationales dont la mainmise et l'avidité sont une évidence. Ces organisations privées et non-démocratiques ne considèrent les citoyens que sous le rapport de la consommation et se fichent totalement de l'avenir de notre planète.

Enfin, plus prosaïquement et localement, le PS ne se rend pas compte ou ne veut pas prendre conscience que de plus en plus de sympathisants se tournent désormais vers le parti Ecolo. Si ce dernier est très loin d'offrir un tableau aussi vert qu'il le prétend et comporte d'incontestables défauts, il paraît mieux répondre aux questions évoquées ici. Le PS en paiera probablement les conséquences, peut-être pas pour le plus grand mal d'ailleurs.

Je vous remercie et vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, mes salutations cordiales et solidaires.

Stephane Ginsburgh


OGM

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